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Drummologie : au commencement était le son…

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Les cosmogonies ancestrales enseignent qu’une vibration inaugurale (Yêrê Yêrê, en bamana) ponctuée de son et lumière généra l’énergie primordiale (nya nya, en bamana ou Nounou en égyptien ancien), dont procède le plurivers avec ses multiples strates. Ces cosmogonies ancestrales posent donc fermement que le son (et la lumière), plus précisément que le « verbe », était au commencement. On comprend alors que dans la civilisation ancestrale, la connaissance intime du son, notamment la maîtrise du verbe, soit une préoccupation sociétale majeure à l’origine de maintes instituions et pratiques civilisationnelles. Aussi, l’Attoungblan, encore dénommé Krin Kpli (ou « tambour parleur ») figure-t-il au nombre de ces vénérables institutions et pratiques ; tout comme évidemment le Djéliya.

Malheureusement, les agressons séculaires des Barbares contre de telles institutions et pratiques (ex. le vol par la France de Djidji Ayôkwé) réduisirent progressivement ces dernières au silence dans la société colonisée ; bâillonnant notre Ancestralité au profit de la suprématie blanche dénommée « modernité », « indépendance », « développement », « émergence », « mondialisation », etc.

Ainsi, le 7 décembre 1976, lors de la célébration de la fête de l’indépendance au Stade Houphouët Boigny, une démonstration d’Attoungblan sous la houlette du Professeur NIANGORAN-BOUAH fut scandaleusement huée par 50000 ignares et interrompue par le service de protocole des « évolués » (p.12) : « Jamais de mémoire de chroniqueur, on n’avait vu personne imposer silence à l’Attoungblan…et de manière aussi cavalière ! ». Ce grave incident suscita un tollé dans l’intelligentsia ivoirienne, qui mesurait à quel point le triomphe du « soleil des indépendances » brûlait les fondements ancestraux des diverses nations formant la néocolonie française de « Côte d’Ivoire ».

Ce funeste sacrilège perpétré à la « fête de l’indépendance » de 1976 convainquit définitivement le Professeur NIANGORAN-BOUAH de poursuivre inlassablement les travaux qu’il avait entrepris sur la collecte et l’étude des textes tambourinés ancestraux comme archives inexpugnables de la connaissance de soi des Africains : le combat pour l’institutionnalisation de la drummologie venait ainsi de prendre un tournant historique ; un combat mené par l’un des plus brillants universitaires ivoiriens qui fût jamais.

p.24-37 : « La drummologie, c’est l’étude et l’utilisation des textes des tambours parleurs africains comme source de documentation pour approfondir les connaissances des sociétés africaines de tradition orale de la période préocoloniale.

[…] Cette discipline s’intéresse également aux textes du balafon, du cor d’appel, de la flûte, de l’arc musical, de la trompe traversière, du double gong dans la mesure où leurs textes demeurent anciens, officiels, conventionnels et connus des musiciens d’une région.

[…] Dans les contrées africaines où il se pratiquait, le langage tambouriné s’apprenait méthodiquement ; il avait ses écoles, ses pédagogues, ses érudits, ses historiens, ses virtuoses… et nécessitait de longues « lunes » d’études. »

[…] Les textes de l‘attoungblan  se présentent comme des dialogues, dialogue entre le tambour mâle et le tambour femelle qui, pour la circonstance, jouent les rôles de différents personnages ou acteurs intéressés. »

Les travaux du professeur NIANGORAN-BOUAH n’ont porté que sur les textes du « royaume des Abron-Gyaman de Bondoukou » ; voire seulement sur les textes fournis par (p.155) «un seul attoungblan sur deux cents environ que compte le royaume, cinq tchunissini sur une cinquantaine, cinq Aboma sur une douzaine et un seul Bindini. » Où en est la drummologie depuis 40 ans ? A quand une chair de cette discipline en l’honneur de son illustre inventeur ?

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