Le texte qui suit est une sorte de paraphrase de l’article publié par Jean-Claude MBOLI dans la revue universitaire ivoirienne dénommée ZIGLÔBITHA : « Etude historique de la langue éotilé : éclairage du sango et d’autres langues africaines » (in Ziglôbitha n°2 octobre 2021, pp.194-204). C’est aussi une manière de vibrant hommage rendu à cet informaticien de métier devenu chercheur de référence en linguistique historique africaine pour le travail si prometteur qu’il a initié en Côte d’Ivoire ; l’enclos de Bwana qui m’a vu naître…
Avant-dire :
- « Ziglôbitha symbolise la quête de la perfection. Le mot, d’origine bété, est composé de trois (3) monèmes :
- « zi », grand, meilleur, perfection
- « glô », village
- « bitha », relation qui lie des personnes et détermine les rapports qu’elles entretiennent (amitié, camaraderie, solidarité)
- Ziglôbitha est la déclaration d’un mieux-être et du partage »
Un corpus de 14 langues
Le négro-égyptien est le résultat de la comparaison systématique de 14 langues selon les canons de la méthode comparative telle qu’employée pour l’établissement des familles indo-européenne, sémitique et bantu. Ces 14 langues sont : moyen-égyptien, copte, sango, zandé, hausa, somali, swahili, lingala, gbaya, banda, wolof, bambara, nuer et zerma. Le système vocalique « présumé » du négro-égyptien comporte 23 consonnes et 7 voyelles.
Une langue à 8 classes nominales originelles
Le négro-égyptien est une langue à classes nominales, dont les formes affixales – et leur sémantique -ont été entièrement reconstruites ; ces dernières étant « quasiment identiques » à celles de la famille de langues dite bantu. Le négro-égyptien comportait à l’origine 8 classes sémantiques, dont la classe des êtres humains était subdivisée en masculin et féminin.
Un macrophylum à 2 branches
Jean-Claude MBOLI a identifié 2 grandes branches dans l’arborescence du négro-égyptien ; branches qu’il a dénommées d’après le nom pour « foie » en zande et en somali : soit respectivement bere et beer. Une langue est dite « bere » lorsqu’elle présente des suffixes négro-égyptiens (de forme CV), ainsi que des racines accentués ; tandis qu’elle est dite beer lorsque ce sont seulement ses racines qui sont accentuées.
Ainsi, toutes les langues négro-africaines contemporaines, dont le négro-égyptien est l’ancêtre commun prédialectal, peuvent être classées selon qu’elles sont de type « bere » ou « beer ». D’ailleurs, l’auteur a classé de cette manière les 14 premières langues qu’il a étudiées :
Une isoglosse caractéristique
Outre les deux variantes morphologiques ci-dessus qui les caractérisent, un trait linguistique particulier, observé sur une large bande traversant le Continent-Mère d’est en ouest, distingue les langues du négro-égyptien ; lesquelles sont ainsi géographiquement distribuées de part et d’autre de cette isoglosse comme représenté sur le schéma illustrant le post.
- Conséquence : contrairement aux arnaques linguistiques de Joseph GREENBERG et ses épigones africanistes, qui apparentent les langues africaines du seul fait qu’elles sont localisées dans une même aire géographique (« nigéro-kordofanien », « tchadique », « afro-asiatique », etc.), la classification des langues africaines par Jean-Claude MBOLI distingue :
- Morphologiquement des langues appartenant à une même aire géographique,
- Géographiquement, mais par une isoglosse caractéristique, des langues partageant les mêmes paramètres morphologiques
- Classification de l’éotilé : Il s’ensuit 4 grandes catégories de langues africaines : A1, A2, B1 et B2. Aussi, est-ce à l’aune de ces paramètres de classification rigoureux que Jean-Claude va tester l’éotilé et l’agni ; deux langues de la Côte d’Ivoire très proches géographiquement mais dont l’analyse révèle une différenciation étonnante :
« Mais, à notre grande surprise, en analysant les vocabulaires de ces 3 langues B2, et compte tenu des phénomènes de contacts (Thomason, 2001), il s’avère que l’éotilé est plus étroitement apparenté au sango (langue ngbandi d’Afrique centrale) qu’à l’agni pourtant si proche ! »
En somme l’ancêtre directe de la langue éotilé provient du nord-est de l’isoglosse ; ce qui est conforme au récit des origines du peuple Bétibé locuteur de l’éotilé. Or, c’est dans cette région nord-est que se trouve aujourd’hui le foyer des langues ngbandi ; un nom qui désigne également le nom (ou le titre ?) du premier souverain des Bétibé. La linguistique historique africaine conduite selon la démarche proposée par Jean-Claude MBOLI est un édifice majeur de la recherche africaine menée par des Africains et appliquée à des sujets africains. Il y a évidemment la technicité de MBOLI, qui lui permet de réaliser une aussi brillante découverte scientifique. Mais, il y a aussi et surtout l’africanité de ce locuteur du sango, qui est mieux placé que n’importe quel africaniste, de surcroît inculte dans les langues africaines, pour « voir », « sentir » la proximité du sango avec l’éotilé : ce que l’on trouve dépend de là où son attention, sa sensibilité, sont stimulées.
La fécondité extraordinaire des travaux de Jean-Claude MBOLI montre à quel point les universités françafricaines gagneraient à se convertir urgemment à la linguistique historique africaine (pour ne pas dire afrocentrée). De ce point de vue, je suis très heureux que l’Université Félix Houphouët BOIGNY soit l’une des toutes premières à avoir ouvert ses portes à l’enseignement de Jean-Claude MBOLI. Puisse-t-elle lui confier une chaire universitaire dans les plus brefs délais, afin que de sa tutelle sortent des cohortes d’enseignants africains rompus aux techniques et méthodes de la linguistique historique africaine : tant de milliers de langues africaines incarcérées dans les arnaques greenbergiennes doivent en être délivrées sans plus attendre !
Nos Ancêtres, l’Unique Voie



